Lucky le golden retriever

Je me souviendrai éternellement du jour où Frédéric, mon mari, qui avait toujours rêvé d’un chien, m’a proposé d’adopter le golden retriever de 7 mois de la nièce d’un collègue. On avait déjà deux enfants de moins de 3 ans, un chat qui me causait des allergies pas possibles, de la « broue dans le toupet » et la maison était en rénos perpétuelles. S’il m’avait offert d’avoir un Tyranosaure Rex, je n’aurais pas été plus enthousiaste. Pourtant, j’adore les chiens, mais disons que le « timing » était on ne peut plus mauvais. À force d’arguments et en promettant « que c’était juste pour essayer », j’ai finalement cédé et on est allé chercher Lucky. Il est sorti d’un bond de la maison où il était hébergé, déjà assez gros, mais encore maladroit, excité comme s’il avait été enfermé depuis la nuit des temps. Il a foncé droit sur notre fille, Juliett Fay, qui devait avoir 1 an et demi, la terrorisant avec sa grande gueule ouverte et son bisou gluant. Hurlant à pleins poumons, elle s’est lancée dans mes bras, refusant de redescendre.

Ça commençait vraiment bien

Rendus à la maison, Juliett ne voulait plus marcher et criait d’effroi chaque fois qu’elle entendait notre nouveau pensionnaire arriver (le manège a d’ailleurs duré plus d’une semaine). Eliott, 3 ans, n’avait vraisemblablement pas appris à laisser de l’air aux animaux et passait son temps couché sur le chien qui lui, hésitait entre grogner ou jouer. Fred était heureux comme un roi et avait autant d’autorité sur Lucky qu’un mauvais prof sur une classe de tannants. Quant à moi, j’évaluais la situation potentiellement catastrophique, en établissant des règles strictes : Lucky devait rester au rez-de-chaussée, ne pas entrer dans la cuisine, dormir dans la véranda (au pire dans le salon), mais surtout, pas dans notre chambre!

Le premier soir, à peine couché, le chien s’est mis à pleurer à fendre l’âme. Fred, affligé et inquiet comme s’il était en danger de mort, est allé le chercher, lui a donné un biscuit dans la cuisine, l’a fait monter en haut et l’a couché dans notre chambre. Toutes les lois transgressées en moins de 6 heures. De mieux en mieux.

Lucky, il faut l’avouer, s’est avéré un bon compagnon pour les enfants. Juliett, une fois sa peur passée, est devenue son inséparable comparse. Son affection et sa douceur avec eux compensaient pour ses fugues (nombreuses, par-dessus et par-dessous les clôtures) et les ravages qu’il causait dans la maison. Tous les jours, on rentrait pour retrouver un toutou éventré, une patte de divan mangée, une paire de jeans mâchouillée. Il affectionnait particulièrement les souliers les plus chers, laissant évidemment les godasses « cheap » intactes. J’avais l’impression de vivre dans « Marley et moi ».

Et puis un jour, on l’a vraiment perdu. Il s’est sauvé et on a eu beau le chercher, on ne le trouvait nulle part. Finalement, on a su qu’il avait été capturé par la méchante fourrière (des vrais « pas fins » comme dans les films). Je me suis mise à m’inquiéter comme une mère. On a dû payer une centaine de dollars pour le récupérer : tremblotant, sale, enfermé dans un enclos qui sentait la charogne, il avait la mine basse et m’a fait ses grands yeux désolés. Ce jour-là, dans mon cœur, il est vraiment devenu un membre à part entière de la famille. Je me suis prise d’un amour inconditionnel pour cet énervé si affectueux, si doux avec la marmaille et je lui ai tout pardonné (même la fois où il avait mangé mes bottes neuves).

Une décennie plus tard, Lucky est encore avec nous. Il dort beaucoup, ronfle comme un tracteur et a des problèmes de digestion qui empestent la maison. Son pas est beaucoup moins rapide durant les marches à l’extérieur, il prend parfois des pauses quand il monte l’escalier, mais fidèle à lui-même, il lui arrive encore de grignoter une chaussure ou deux. Au fil des ans, il s’est fait flatter dans le mauvais sens par une multitude d’enfants, a hérité d’un nouveau p’tit frère humain turbulent, mais il est toujours resté aussi patient et fidèle. On nous a dit qu’il avait une espérance de vie d’environ 12 ans…En janvier, il en aura 11, mais on n’y pense pas trop, parce qu’on n’imagine pas notre vie sans lui. Après toutes ces années à nous protéger, recevoir nos confidences, sécher nos larmes dans sa fourrure et endurer les câlins parfois trop intenses des plus jeunes, c’est à notre tour de prendre soin de lui.

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